Mardi 25 décembre 2007
Il n' y a aucun doute : la nouvelle de la semaine est la fin de l'hist undefined oire d'amour entre les français et Zinedine Zidane

Ca doit être bien triste, pour un champion, de découvrir qu'on est un peu moins aimé, juste avant Noël. Même si on n'est pas chrétien.

C'est triste, et c'est une grande fan de Zizou qui vous le dit : en tant que supporteuse (euh... supportrice, peut-être ?) de la Juve, il a été un de mes idoles, et il fait partie de la liste des français que j'ai adorés dans mon équipe, depuis les temps de Michel Platini.

Oui, même après le
coup de boule... enfin, je dirais même que le coup de boule l'a rendu le héros de pas mal d'italiens : n'oublions pas qu'à cette occasion il a été notre douzième homme sur le terrain. Et Trezeguet (un autre de ceux qui m'ont fait rêver), le treizième, mais bon, ça n'a rien à voir avec le sujet...

Enfin bref, ce qui compte, c'est que pas mal de français ne lui ont pas pardonné l'acte, mais ils ont continué à l'aimer. Et pourtant, la plupart n'ont toujours pas compris pourquoi
il ne s'est jamais vraiment excusé.

En effet, il y a des choses que le français commun n'est pas censé connaître, mais Zidane, qui a passé en Italie quelques années, les connaît trè undefined s bien.

Et qu'est-ce qu'il connaît ? Il connaît
Marco Materazzi, celui qui, du jour au lendemain, est passé dans le coeur des itali ens du statut de zéro à celui de héros. Au point que deux mes collègues italiens, supporteurs d'équipes totalement différentes, et dans un cas même directement rivale de l'équipe de Materazzi, se sont présentés un jour à la gym, à Lyon, portant son maillot.

Or, Materazzi est - ou était, mais j'en suis pas sûre - ce qu'en italien on appelle un sfigato. On tend à traduire sfigato par "malchanceux", mais en fait c'est bien plus que ça. 

Un sfigato est un favori du dieu Murphy, celui qui dans les photos est toujours flou ou dans la mauvaise position (bon, l'image ci-dessus est déjà assez éloquente , je trouve), un personnage de Woody Allen, le Donald Duck de la compagnie. Bref, c'est un perdant chronique.

Pourquoi je dis ça ? Ben pour commencer, il joue dans l'
Inter Milan. Ce qui à un étranger peut sembler un nom glorieux du foot italien. Mais regardez un peu leur palmarès : ça fait 10 ans qu'ils n'ont pas gagné de coupe Uefa, plus de 40 qu'ils n'ont pas gagné un tournoi de Champions League... Quant au championnat national, vous remarquerez qu'ils ont gagné les deux derniers titres. Vous savez pourquoi ? Grâce à Calciopoli, le scandale sur les matchs truqués, qui a fait enlever le titre 2005/2006 à la Juve, rétrocédée en deuxième division,avec une lourde pénalisation, et mettre hors jeux toutes les équipes les plus redoutables, parmi lesquelles le Milan AC. Donc, le titre 2005/2006 est allé à l'Inter, parce que c'était, en gros, la seule équipe qui restait ! Et le 2006/2007, justement parce que la Juve était en deuxième division, et les autres équipes importantes étaient parties pénalisées du fond du classement. On pourrait dire qu'au fond, ils ont gagné parce qu'ils ont été plus honnêtes que les autres, mais y croiriez-vous vraiment ? Ce n'est pas, peut-être, parce qu'ils ont essayé eux aussi et n'ont pas réussi ? Ce qui est sûr et certain, c'est qu'en général, on devient supporteur de l'Inter par sympathie (les perdants font toujours de la peine, et donc sont sympathiques) ou par masochisme. Il y a même des blagues : quand on veut parler de quelqu'un qui n'a vraiment aucune chance dans la vie, on dit que c'est un hébreux, noir, homo, handicapé, et en plus il est supporteur de l'Inter !

Et venons maintenant à notre ami Marco lui-même. 

Disons tout d'abord que c'est un défenseur. Or, il n'y a rien de mal à cela, loin de là, mais c'est clair que les défenseurs ont plus de mal à se faire remarquer que les attaquants. Pour le faire, il faut qu'ils soient vraiment spéciaux. Et dans l'histoire de l'Italie on en a eus d'excellents. Voilà quelques exemples:

Antonio Cabrini, champion du monde 1982.
undefined Paolo Maldini, recordman de sélection en équipe nationale d'Italie avec 126 matchs.
 
undefined Alessandro Nesta, champion du monde 2006. C'est lui que Materazzi a remplacé.
 
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Et pour terminer cette galerie de défenseurs illustres, voilà le vrai héro du dernier Mondial, celui qui ne lâche jamais, au point qu'en Allemagne on l'a appelé le Mur de Berlin. Ballon d'Or 2006. Ici dans une image qui en met en valeur les qualités sportives aussi bien qu'humaines. Fabio Cannavaro.
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Après ces exemples, regardons une autre photo de Materazzi, et en faisant une simple comparaison vous comprendrez toute de suite qu'est-ce que c'est qu'un sfigato.
 
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Qu'est-ce qu'on peut dire d'ailleurs de quelqu'un qui porte un nom qui veut dire "matelas" (au pluriel), pas en italien mais dans une forme dialectale au son assez désagréable, qui rime de façon embarrassante avec un autre mot pas vraiment élégant ? (je vous laisse vous renseigner tous seules sur ce point)

Et ce n'est pas fini : en 2006 ce n'était pas la première fois qu'il participait à une coupe du monde, mais la fois précédente, au Japon-Corée, il avait passé tout son temps à chauffer le banc. Cette fois, le destin lui a souri : Nesta s'est blessé, et lui en a pris la place. Enfin, un simple remplaçant, qui s'est trouvé à la bonne place au bon moment par pur hasard. 

Disons-le : Nesta n'aurait jamais fait la même chose. Quelqu'un comme Totti, qui est un con total, mais qui est aussi un champion, aurait pu se retrouver en revanche - comme il lui est déjà arrivé - dans la même position que Zidane. Mais lui, qu'est-ce qu'il avait à perdre ? Oui, quelqu'un dans l'avenir se serait sans doute rappelé de lui comme de celui qui avait marqué un but important, il aurait été une intéressante statistique. Mais rien de plus. Et alors ? Alors, il a inventé la provocation. Et dans sa position, de sfigato, justement, il n'a même pas dû subir les attaques de ceux qui critiquent l'habitude de jouer le rôle de la victime. Parce que de la position de champion on peut devenir victime, mais de la position de sfigato on ne peut que remonter. En humiliant un champion comme Zidane, on peut même entrer dans l'histoire, sinon dans la légende. 
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Et en plus il faut dire qu'il a su bien profiter de sa célébrité inopinée, avec beaucoup d'ironie : il a publié entre autre un livre où il fait la liste des "249 phrases que j'aurais pu lui dire" (à Zidane, pour le provoquer), genre "Je vais te dire comment se termine Lost" ou "Depuis que Foucault est mort, la philosophie française, c'est de la merde", et il a fait de la solidarité avec. Génial.

Finalement, l'histoire du coup de boule est un peu l'histoire de Donald qui, pour une fois, arrive à inculer Gontran. Et alors, si on peut pas en vouloir à Donald, d'autre part, si vous étiez à la place de Zizou, est-ce que vous vous excuseriez avec un canard ?
 
 
Par Phae Luna - Publié dans : france vs italia - Communauté : La France et les autres
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